Les propos du Cardinal Ouellet sur l'avortement

Le 15 mai dernier, le cardinal Marc Ouellet a réitéré sa charge contre l'avortement dans un discours qu'il a prononcé lors d'un congrès pro-vie à Québec. Selon l'archevêque de Québec et primat du Canada, l'avortement doit donc être condamné et considéré « moralement » comme un crime.

Il a aussi préconisé l'adoption de lois pour protéger les foetus.

Le cardinal Marc Ouellet estime que le recours à l'avortement est injustifié même pour une femme violée. « Je comprends très bien qu'une femme violée vit un drame et qu'elle doit être aidée. Mais elle doit l'être par rapport à la créature qu'elle a dans son sein. Elle n'est pas responsable de ce qui lui arrive. C'est l'agresseur qui est responsable. Mais il y a déjà une victime. Est-ce qu'il faut en faire une autre? » s'est-il interrogé.

Prendre la vie de quelqu'un d'autre, c'est toujours un crime moralement.

— Le cardinal Marc Ouellet

Mgr Ouellet avait adopté la même position, cette semaine, lors d'une manifestation pro-vie à Ottawa. Quelques milliers de personnes avaient participé à la marche annuelle contre l'avortement, en se regroupant sur la colline Parlementaire.

Contre « la culture de la mort »

Le cardinal Ouellet a récemment dénoncé ce qu'il a appelé « la culture de la mort » au Québec. Il faisait allusion à l'appui supposé d'une majorité de Québécois à l'avortement et à l'euthanasie. Deux pratiques qui, selon lui, sont « des faits qui mettent en évidence le désarroi d'une humanité déboussolée et aspirée par le néant ».

Pour Mgr Ouellet, le libre choix « ouvre la porte à tous les abus et aux choix arbitraires », car, d'après lui, il instaure le droit du plus fort et la discrimination à l'égard des plus faibles.

Un vieux débat

Dans les années 60 déjà, l'avortement faisait l'objet d'un débat au Québec et au Canada, comme on peut le constater dans les archives de Radio-Canada. En 1967, Pierre Elliott Trudeau, alors ministre de la Justice, avait proposé son « bill omnibus », suscitant toute une controverse.

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2010/05/15/001-cardinal-ouellet-avortement-.shtml

La colère de soeur Marguerite

La controverse provoquée par le cardinal Ouellet au sujet de l'avortement s'est calmée, celui-ci a tenté de corriger le tir, mais ses paroles sont restées coincées dans la gorge de soeur Marguerite Rivard.

Dans une longue lettre ouverte comme en entrevue, la frêle religieuse, qui a passé 36 ans cloîtrée dans un monastère clarisse avant de travailler bénévolement auprès de femmes détenues à Montréal et à Joliette, critique sans détour l'hypocrisie et le manque de compassion du cardinal.

Ce qu'elle n'a pas pris, c'est le mot «criminelle».

Soeur Marguerite a vu trop de femmes en détresse contraintes de se faire avorter par manque de soutien, ou à cause des pressions de la famille ou du père, pour taire sa colère.

«Je les vois arriver enceintes à la prison Tanguay ou à Joliette et être obligées de se faire avorter parce qu'elles sont en détresse, parce qu'elles n'ont personne, dit soeur Marguerite. Ces femmes-là portent leur enfant pour le reste de leur vie. Souvent, elles me disent: «Aujourd'hui, mon enfant aurait tel âge.»»

Avant de juger ces femmes, il faut essayer de comprendre ce qu'elles vivent.

«Tomber sur le dos des femmes sans jamais s'être donné la peine de les rencontrer, ce n'est pas de la justice ou de la morale», ajoute-t-elle.

Quant aux «précisions» qu'a ensuite apportées Mgr Ouellet, soeur Marguerite n'y croit pas vraiment.

«Changer les paroles, c'est vite fait, mais les mentalités, c'est plus long», dit-elle en précisant qu'elle ne craint pas que ses paroles dérangent: «C'est bon, des fois, quand ça brasse un peu.»

Soeur Marguerite, qui est en nomination comme bénévole de l'année à Service correctionnel Canada, suggère à Mgr Ouellet de sortir de son église. «Je lui ferais rencontrer avec joie les femmes avec qui je travaille!» lance-t-elle.

La Riposte

Criminelles ?

Lettre ouverte au Cardinal Ouellet

 

Montréal-Nord, 17 mai 2010

Monsieur le Cardinal Marc Ouellet,

Je ne peux me taire devant le discours que vous avez prononcé, ces jours derniers, au rassemblement « pro-vie » dans lequel vous déclarez « criminelles » les femmes qui se font avorter.  Ce sont pour moi des paroles odieuses. Il n’y a pas de mots assez forts pour qualifier ce que je ressens en moi : indignation, colère… Je travaille chaque jour auprès de femmes en prison, en leur apportant le message de l’Évangile. Tout ce débat autour de l’avortement passe complètement à côté de la triste et inconcevable réalité de ces femmes enceintes.  M. le Cardinal, il ne s’agit pas, certainement pas de « criminelles » comme vous le dites, mais de femmes en profonde détresse…  Avez-vous seulement déjà daigné vous approcher d’une de ces femmes pour « écouter » ce qu’elles vivent dans leur réalité de tous les jours, loin des grands discours ?

M. le Cardinal, une femme qui porte en elle un fœtus est une femme qui aime son enfant et aucune ne se fait avorter par plaisir, mais parce que sans aide, sans appui pour vivre cette grossesse, elle prend difficilement une décision…  quand ce n’est pas sous les menaces de la famille ou d’autres personnes!  Ça fait vingt ans que je côtoie des femmes en détresse.  Ignorez-vous, M. le Cardinal, qu’une femme ne devient pas enceinte par l’action du Saint-Esprit, mais bien par l’action d’un mâle, d’un homme?  Quand dans la société et dans l’Église hiérarchique a-t-on demandé à un homme d’honorer sa responsabilité?  Quand il y a fœtus, il y a deux adultes responsables…  savez-vous compter jusqu’à deux?  Pourquoi la femme qui se fait avorter est-elle plus criminelle que l’homme qui, si souvent, se sauve lâchement en laissant la femme seule avec tout le poids de la responsabilité?  Quelle hypocrisie de la part de la société et de la part de la hiérarchie de l’Église de se rabattre durement sur une femme en détresse plutôt que faire l’effort de rendre un homme responsable de ses gestes.  On condamne une femme qui subit un viol et on laisse le violeur irresponsable courir au large aller violer d’autres femmes.  Avez-vous déjà, une seule fois, tendu la main à une de ces femmes?  Jésus dans l’Évangile a toujours tendu la main aux femmes qu’Il a rencontrées…  et elles n’étaient pas en train de prier dans une église.  Jésus n’avait pas de crosse dans les mains pour en asséner des coups au nom d’une « supposée morale » aux femmes « non conformes » aux normes, c’est pourquoi il avait les mains libres pour leur tendre la main au nom de l’Amour.

Quelle hypocrisie ecclésiale, quelle prétendue morale : condamner des personnes, dont on ne s’est même jamais donné la peine d’écouter la souffrance, au lieu d’avoir le cœur et les bras ouverts pour accueillir avec Amour celles qui en ont le plus grand besoin!  Allez lire l’Évangile, c’est urgent, vous qui prétendez parler au « Nom de Dieu ».  Le Dieu de Jésus-Christ ne peut que se sentir trahi par votre attitude hautaine, sans compassion, sans justice véritable, sans Amour.

Je ne sais si je vous manque de respect en écrivant ces mots, mais c’est ce que ressent mon cœur qui a un infini respect pour toutes ces femmes que vous condamnez si allégrement.  Jésus dans l’Évangile ne condamne qu’une seule catégorie de personnes…  et ce ne sont pas des femmes, mais l’élite religieuse de son époque en leur disant : « Hypocrites, vous chargez les gens de fardeaux accablants et ne touchez pas vous-mêmes, d’un seul de vos doigts, à ces fardeaux ».  (Lc 11, 45-46)

Je ne suis pas en faveur de l’avortement, mais c’est la seule aide que la société donne à ces femmes et vous voulez la leur enlever sans la remplacer par quelque chose de plus humain et respectueux de la Vie, la vraie Vie.  L’avortement n’est pas une vraie solution, car après, la femme continue à porter son lourd fardeau et personne n’est là pour l’aider.

Impliquez-vous de façon adéquate et avec Amour auprès de ces femmes et votre discours ne sera plus le même, et surtout il sera beaucoup plus crédible.  Je vous invite à la « conversion du cœur »!

Marguerite Rivard, v.c.f.

 

Voici aussi une lettre écrite par une femme de 80 ans.

Publié le 18 mai 2010

Mgr Ouellet, moi, je n'ai pas oublié

Vous avez raison quand vous «déclarez» que l'avortement n'est pas légalisé dans tous les pays, mais ce que vous omettez de dire c'est que les pays où il ne l'est pas sont ceux où la femme n'a pas voix au chapitre, ce qui ferait bien votre affaire au Québec aussi, non?

Quand vous «déclarez» que l'avortement est injustifié même en cas de viol, vous indiquez clairement que vous souhaitez revenir à l'époque fort longue et barbare où la «sainte» Église faisait main basse sur tout et affirmait que la femme n'avait pas d'âme.

Vous «déclarez» que c'est grâce aux familles nombreuses du siècle dernier que l'on parle encore français au Québec aujourd'hui, mais vous oubliez de dire que la «sainte» Église ostracisait les femmes qui, après avoir mis au monde 5, 8, 10 ou 16 enfants, refusaient d'en avoir d'autres. Vous oubliez de dire que les «saints» curés de paroisse refusaient l'absolution à ces femmes, leur refusaient la communion devant toute la communauté pour qu'elles en soient exclues. Vous oubliez de dire aussi que le «saint» curé conseillait au père de famille, lors d'un accouchement difficile, de sacrifier la mère au lieu de l'enfant.

J'aimerais bien savoir d'où vous vient ce savoir-faire en ce qui concerne la maternité, vous qui n'êtes qu'un vieux garçon (au rôle plus que nébuleux et inutile), sans femme ni enfant. Que savez-vous de ce qu'est de porter un enfant, de le mettre au monde et de l'éduquer. Quand vous êtes-vous levé la nuit pour prendre soin d'un enfant? Quand avez-vous expliqué à un enfant que sa venue au monde résulte d'un viol?

Vous qui êtes enfermé, ornières comprises, au sein d'une Église où le pouvoir n'appartient qu'à des mâles et qui protège en son sein nombre de prêtres corrompus, pédophiles et manipulateurs qui abusent d'enfants physiquement, sexuellement et psychologiquement, vous osez venir faire la morale aux femmes!

En tant que mâle d'une église obtuse, vous n'avez aucun droit de dicter aux femmes comment vivre leur vie, nous avons longuement souffert, nous sommes parties de trop loin et nous avons subi trop longtemps le joug de votre «sainte» église pour revenir en arrière. Si vous pensez que les femmes ont oublié, je suis ici pour vous dire que moi «je me souviens» et que je ne vous laisserai pas recommencer!


Hélène Bernier, Stoneham

Commentaires (2)

1. jones (site web) 10/02/2012

Thanks for sharing. i really appreciate it that you shared with us such a informative post..christian louboutin black pumps

2. Suzanne 15/02/2013

Bonjour à tous,
Lorsque soeur Rivard dit: " Jésus dans l’Évangile a toujours tendu la main aux femmes qu’Il a rencontrées… et elles n’étaient pas en train de prier dans une église. Jésus n’avait pas de crosse dans les mains pour en asséner des coups au nom d’une « supposée morale » aux femmes « non conformes » aux normes, c’est pourquoi il avait les mains libres pour leur tendre la main au nom de l’Amour. "

Il est juste et vrai que Jésus-Christ a tendu la main aux femmes qu'il a rencontrées et ce au nom de l'amour! mais au nom de l'AMOUR, Il a aussi dit à la femme adultère après qu'elle ait été jugée par l'homme, Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. Jn 8:11
Voilà le message que Jésus a déclaré avec un GRAND AMOUR après que les scribes et les pharisiens l'aient accusée... Ne devrait-il pas en être ainsi pour ceux et celles qui disent servir DIEU???

Pour ma part, je crois que l'avortement est moralement un crime même si je comprends parfaitement l'action d'une femme en détresse lorsqu'elle l'est; mais comprendre une personne en détresse ne veut pas dire pour autant approuver ce qu'elle fait.

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